Une course automobile ne saurait en aucun cas être comparée à une pièce de théâtre. Dans cette dernière, les personnages sont connus, l’intrigue plus ou moins bien construite mais jamais renouvelée, et lorsque le rideau tombe on sait que c’est fini, que la même pièce sera rejouée le lendemain dans une forme plus ou moins figée. En revanche, une course est faite d’impondérables, d’improvisation, jamais on ne rejoue la même scène et les acteurs doivent constamment s’adapter à des situations qui varient. Ce qui accroît encore la fascination que cette discipline exerce sur les spectateurs. Cet ensemble d’affirmations est justement étayé par le déroulement des 7e et 8e manches du championnat LO Formule Renault 2.0 qui avaient pour cadre le circuit allemand d’Hockenheim.
Course 1 – Zoel Amberg, le fin renard !
Il serait étonnant que Bastien Borget et Yann Zimmer partent un jour en vacances ensemble. Les deux garçons se connaissent bien, ils ont du respect l’un pour l’autre, mais en course ils ne se font pas le moindre cadeau. On l’a vu, une fois de plus déjà lors des essais. Alors que Zimmer entamait ce qui aurait dû être son tour le plus rapide, au freinage de l’épingle il se retrouvait derrière Borget qui ralentissait un peu plus que nécessaire, histoire de conserver le meilleur chrono (1:39.722) avec un avantage de 242 millièmes de seconde sur le franco-suisse. Celui-ci n’a évidemment guère apprécié cette manœuvre, mais dès le lendemain il allait avoir l’occasion de rendre la monnaie de sa pièce à son adversaire préféré. En effet, sur la grille Borget occupait donc la pole-position avec sur sa droite, en décalage, Zimmer, et juste derrière lui, Zoel Amberg. Lorsque le feu vert s’allumait, Zoel réussissait un départ canon et parvenait à surprendre Borget. Voyant cela, Zimmer se positionnait juste derrière Zoel mais devant Borget. Déjà tout était dit : durant les 25 minutes + un tour que durait cette course, les positions de tête restaient inchangées. Amberg maîtrisait parfaitement son sujet et allait signer une victoire sans faute. Quant à Yann Zimmer, il n’était jamais inquiété et gardait l’avantage sur Bastien Borget qui s’en voulait d’avoir fait un départ médiocre. Le fait d’avoir signé le tour le plus rapide en 1:40.077 ne constituait qu’un bien maigre lot de consolation.
Les deux seuls incidents notables de cette course auront finalement été d’une part, l’abandon du Russe Maxim Zimin victime d’un incident peu commun : une pierre coincée entre le disque et l’étrier des freins ; d’autre part, l’élimination dès le premier tour du jeune Thomas Aregger pris bien malgré lui dans un carambolage survenu dans le premier tour et dans lequel étaient aussi impliqués deux pilotes italiens. Car pour enrichir le peloton, l’organisateur avait eu la bonne idée de faire appel aux participants du championnat italien Fo-2000 Light. Ainsi, la meute comptait pas moins de 26 voitures sur la grille. Comme la Formule 1 l’année prochaine !
Course 2 – Carton plein pour Zoel Amberg
Zoel Amberg est plutôt du genre taiseux. Sa manière de s’exprimer préférée, c’est le pilotage. Tout en finesse et en précision. Du coup, lorsqu’il avança que pour la deuxième course il espérait faire comme lors de la première, on pouvait lui faire confiance. Une fois encore Borget occupait la pole-position devant Amberg, le jeune et prometteur hollandais Sam Looijenstein (15 ans), Thiemo Storz (un Italien comme son nom ne l’indique pas ( ! ), et Yann Zimmer.
Feu vert : Amberg démarre en flèche et se porte quasiment à la hauteur de Borget, mais celui-ci rétorque immédiatement en changeant de trajectoire et en fermant la porte sur la droite. Prudemment Zoel lève le pied comme la sagesse l’imposait. Il saura attendre le moment favorable. Celui-ci surviendra peu après la mi-course lorsque le Suisse finira par doubler son adversaire en faisant l’extérieur au virage Mercedes. Du très beau travail. Peu auparavant la course aura perdu un animateur potentiel en la personne de Yann Zimmer victime d’un pneu déjanté alors qu’il était troisième, précédant alors Sam Looijenstein qui accédera ainsi au podium de façon parfaitement méritée. D’autant plus qu’au passage il avait encore signé le tour le plus rapide en 1:40.408. Si le sympathique Batave ne cachait pas sa joie et savourait pleinement son premier podium, en revanche Borget, lui, n’était pas satisfait du tout de son deuxième rang. « C’est dur de faire deux fois la pole-position et de savoir qu’on ne va pas gagner ! Je pense que je rends 15 kilos à mes rivaux », disait-il. Ajoutant, finalement philosophe : « On tachera de faire mieux à Magny-Cours ! » Rendez-vous est pris ! Dans la perspective du championnat Amberg a pris le large (199 points) mais la lutte est ouverte entre Zimmer (161 points) et Borget (159 points) : entre ces deux bonhommes la fin de saison s’annonce très disputée !
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